04.07.2009

Pourquoi affoler la planète ?

RESISTANCE A TAMIFLU® :

Trois cas de résistance signalés au Danemark, au Japon et à Hong Kong, et les médias affolent la planète soumise à la pandémie grippale à virus A/H1N1, comme une révélation…Pourtant ce phénomène est bien connu. D’une part, un médicament à visée antibiotique, qu’il soit anti-bactérien ou anti-viral, peut rencontrer ce qu’on nomme résistance, une apparente inefficacité sur l’agent infectieux. D’autre part, concernant plus spécifiquement l’oseltamivir (principe actif de Tamiflu®), la possible résistance est signalée par Roche dans la monographie transmise à l’EMEA. C’est le Résumé des caractéristiques du produit (RCP). Il est vrai qu’il fait 94 pages… en anglais.

 

" Le risque d’émergence d’un virus de la grippe avec une sensibilité réduite ou une résistance franche à l’oseltamivir a été examiné durant les études cliniques organisées par Roche. On a trouvé que tous les patients qui présentaient un virus oseltamivir-résistant n’ont présenté cela que transitoirement, ont éliminé le virus normalement et n’ont pas montré de dégradation clinique ".

 

Dans deux études chez l’adulte et l’adolescent, la fréquence de la résistance a été respectivement de 4 cas sur 1.245 et de 5 cas sur 1.245. Chez l’enfant (1-12 ans), la fréquence de la résistance dans deux études a été de 19 cas sur 464 et de 25 cas sur 464. Conclusion : " Le taux d’émergence d’une résistance peut être plus élevé dans le groupe d’âge le plus jeune et chez les patients immunodéprimés ". Oui, mais encore ? Ce qui suit.

 

" On a constaté que les virus oseltamivir-résistants isolés chez les patients traités par oseltamivir et les souches de virus de la grippe oseltamivir-résustants au laboratoire (c’est-à-dire in vitro-NDLR) comportaient des mutations sur les neuraminidases N 1 et N 2 (les antigènes viraux cibles de l’oseltamivir-NDLR). Les mutations de résistance tendent à être spécifiques des sous-types viraux – y compris celles trouvées sur les variants de H5N1 ".

 

A/H5N1, c’est le virus aviaire natif, mais ses variants peuvent acquérir des facultés de résistance que n’avait pas celui-ci. Il en est de même pour A/H1N1, dont la graphie exacte est depuis peu : A/H1N1 v (comme pour le néo-virus du SRAS ou la nouvelle forme humaine de la MCJ).  En fait, le H1N1 actuel est un variant du H1N1 qui nous a déjà visité précédemment.

 

" Les mutations se produisant de façon naturelle sur le virus de la grippe A/H1N1, associées à une sensibilité réduite à l’oseltamivir in vitro ont été détectées chez des patients qui, d’après les informations recueillies, n’avaient pas été exposés à l’oseltamivir ", précise le document remis à l’EMEA. " L’extension de la réduction de sensibilité à l’oseltamivir et la prévalence de tels virus (résistants-NDLR) semble varier de façon saisonnière et géographique ".

 

Sur son site américain pour Tamiflu®, Roche indique : Quand vous ou quelqu’un de votre famille commence à ressentir les symptômes de la grippe, vous avez 48 heures pour agir… Pour le traitement de la grippe : quand il est pris dans les deux jours de l’apparition des symptômes, Tamiflu® agit en aidant à empêcher le virus de se répandre dans le corps. 

 

Pour la prévention de la grippe : quand vous avez été exposé à quelqu’un avec la grippe, prendre Tamiflu® peut empêcher le virus de vous rendre malade.  Et le site rappelle : " Tamiflu® n’est pas un substitut du vaccin de la grippe (flu shot), la vaccination est la première ligne de défense pour se protéger de la grippe ". Sous-entendu : l’oseltamivir ne fait pas tout, attendez le vaccin spécifique…

 

La résistance à Tamiflu® serait inférieure à 0,5 %. Les anti-viraux dans la grippe c’est tellement neuf que l’OMS demande une veille pharmacologique de la sensibilité du virus à l’oseltamivir comme au zanamivir, ou Relenza®, un recours efficace, les médias l’oublient systématiquement.

 

Faute d’aller chercher l’information là où elle est, certains ont pu écrire que " depuis plusieurs mois des rumeurs ont couru sur la résistance à l’oseltamivir ". Une résistance peut être due à un  facteur de d’hôte ou à un facteur propre au virus. Les variations antigéniques d’un virus réputé génétiquement instable sont connues et redoutées. Pour l’hôte, on n’en finirait pas d’expliquer, on peut aussi se demander : y a-t-il ici respect du bon usage du médicament, tel que prôné par la campagne " Les antibiotiques c’est pas automatique " ?

 

Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 4 juillet 2009

 

http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-s...

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